Ecoglyphe communication

La capsule de l’indépendant : l’IA et le traducteur

Quand je parle des métiers de la traduction, on me pose la question suivante de manière récurrente : avec le développement de l’Intelligence Artificielle (IA), les traducteurs ne vont-ils pas tous se retrouver au chômage ? Dans la suite de cette capsule, je vais tenter de répondre brièvement à cette question.

Les progrès de l’IA ont été spectaculaires ces dernières années. À tel point que beaucoup de métiers semblent menacés. La reconnaissance du langage naturel et sa traduction automatisée a progressé de manière exponentielle depuis cinq ans. Cependant, malgré ces avancées remarquables, la traduction automatique reste perfectible. De plus, les résultats ne sont pas égaux selon les paires de langues et le type de texte. Ainsi, une paire de langues peu documentée (entre deux langues rares par exemple) ne donnera pas de bons résultats en traduction automatique. Si un texte a un style plutôt littéraire, l’effet sera le même. En effet, l’algorithme de celle-ci se base essentiellement sur les statistiques. Dernièrement, des chercheurs avaient annoncé que l’IA avait été capable de traduire un livre en quelques heures, avec peu d’erreurs. Pour spectaculaire que soit cette annonce, elle montre que pour des textes simples, l’IA peut faire affaire… Car il s’agissait de la traduction d’un livre de Mathématiques. Vous avez déjà lu un livre de maths, même de recherche universitaire ? La langue y est très simple et ne requiert pas un grand savoir-faire rédactionnel.

Luc Julia, l’un des créateurs de Siri, le logiciel d’assistance vocale d’Apple, va plus loin dans son dernier livre : l’IA n’existe pas. Il préfère parler d’intelligence augmentée. En effet, pour lui, même si les calculateurs ont gagné en puissance, les algorithmes utilisent toujours les mêmes concepts mathématiques basés sur les statistiques. L’IA ne peut pas prendre d’initiatives si elle n’a pas une situation similaire enregistrée dans ses bases de données. En d’autres termes, l’IA est incapable de créer. Il va même plus loin en disant que pour toutes les applications où l’IA est impliquée, comme la conduite automatisée ou la reconnaissance faciale, l’IA commettra des erreurs et ne saura pas prendre les bonnes décisions, notamment en termes de réaction rapide lors de la conduite d’une voiture.

Quelles sont donc les conséquences pour un traducteur ? Pour lui, certaines parts de marché vont certainement disparaître, car un certain nombre d’entreprises ne verront pas l’utilité de faire traduire leur communication par un humain. L’argument souvent avancé est le coût de la prestation. J’avais trouvé un exemple flagrant pour illustrer un de mes cours sur la révision linguistique de traduction. Cette entreprise, qui vend des articles à faible coût, a un modèle économique plutôt basé sur la quantité que sur la valeur ajoutée. Pour ce type d’entreprise, une traduction automatique, même bancale, sera suffisante. En revanche, pour des entreprises à la communication plus soignée, l’intervention d’un professionnel sera indispensable. C’est une question d’image de marque. Le traducteur aura donc tout intérêt à proposer ses services à ce type d’entreprises, ou à des agences de traduction ou de communication travaillant pour ce type d’entreprises. Il aura plus de chances de décrocher un marché… et d’être décemment payé.

Pour aller plus loin, des articles sur Luc Julia et son dernier livre sont parus ici et .

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