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La relecture de traduction : le diable se cache dans les détails

J’ai récemment donné des cours de relecture de traduction d’anglais en français à l’université. J’ai pu, à cette occasion, leur faire part de mon expérience de traductrice et de relectrice de traduction et leur montrer où exactement porter leur attention (c’est-à-dire à peu près partout). Dans cet article, je parle de l’intérêt de se relire soi-même et de pourquoi la relecture par un relecteur extérieur peut être plus qu’utile.

Une virgule vous manque… et vous devenez cannibales…

Saint Nicolas délivrant les enfants du saloir

Tout le monde connait cette phrase et tous les parents l’ont dite des centaines de fois (et répété des milliers de fois, c’est du vécu) : « On mange, les enfants ! » Oui, mais si à l’oral la virgule ne s’entend pas (surtout quand on vient de sortir un soufflé du four), imaginez un peu ce que cela peut donner si l’on omet la virgule dans la retranscription écrite : « on mange les enfants ! » De là à faire découper les enfants par le boucher de Saint-Nicolas et les mettre dans un saloir, il n’y a qu’un pas… que le relecteur peut vite franchir, s’il n’est pas minutieux.

Cet exemple illustre bien l’attention de que le relecteur doit porter à son texte. Mais quand il s’agit de relecture de traduction, il faut, en plus de la grammaire, de l’orthographe et de la syntaxe du texte à corriger, il faudra vérifier tout à ce qui a trait à la traduction elle-même, c’est-à-dire, la terminologie, la manière dont le texte est traduit, les omissions, les ajouts, mais aussi la localisation des chiffres et des nombres.

Pourquoi se relire ou se faire relire ?

Pour éviter de laisser des coquilles et parce qu’on n’est jamais à l’abri de faire des erreurs, surtout en fin de journée ou en fin de semaine, ou quand la lassitude sur un très long projet se fait sentir. Je ne livre jamais une traduction sans l’avoir relue, si possible après une bonne nuit de sommeil, car il y a toujours de petites erreurs d’inattention. Le client s’attend à ce qu’il y ait peu (l’agence de traduction sérieuse qui connait bien le métier) ou pas d’erreur (le client qui ne connait pas bien nos métiers). Les agences sérieuses reliront en interne, ou mieux, feront relire par un traducteur spécialisé les traductions qu’elles reçoivent de leurs traducteurs. Toutes n’ont pas ces scrupules et certaines préfèrent ne pas passer par cette étape, et parfois faire porter la totalité du poids des erreurs au traducteur. Il est donc très important de se relire, à minima pour éviter les problèmes. Quand on travaille pour un client direct, se faire relire par un confrère ou une consœur permet d’éviter certains pièges et surtout des oublis dus à la fatigue. Bien évidemment, cela augmente le prix final pour le client, mais si celui-ci à conscience de la valeur ajoutée d’une communication sans fautes, il ne rechignera pas à payer.

Méthodologie

Étant spécialisée dans la traduction technique et scientifique et ancienne chargée de recherche, les clients qui font appel à moi pour de la traduction ou de la relecture de traduction le font autant pour mon expertise linguistique que pour mon expertise scientifique. Au fil des ans, j’ai accumulé un certain nombre de méthodes qui me permettent de relire des textes de mes domaines de spécialité avec une certaine assurance. Néanmoins, pour la partie, orthographe et grammaire, je fais quand même appel à des logiciels, qui, s’ils ne voient pas toutes les erreurs, m’en indiquent un certain nombre et me mettent sur la piste d’autres. Pour le reste, je relis soigneusement la source et la cible et je doute de tout, surtout quand ma petite voix intérieure me souffle qu’il y quelque chose qui cloche. Avec l’expérience, je sais et je sens si le traducteur que je relis connait bien le sujet et sait de quoi il parle et à quel type d’erreur je dois m’attendre. Je vérifie sur la documentation donnée par le client et au besoin, je vais voir sur Internet, y compris chez la concurrence, pour être sûre que la terminologie est bien celle utilisée par le secteur.

Quand je relis un texte, je commence par une lecture rapide du texte cible pour me faire une idée du travail à accomplir, puis je passe mon correcteur orthographique professionnel. Antidote de Druide est pour moi celui qui fonctionne le mieux. Il s’intègre dans pas mal de logiciels, y compris Trados Studio de SDL, mon logiciel de traduction assistée par ordinateur et dans MS Outlook, ma messagerie. Et « cherry on the cake », Antidote, dans sa version augmentée, corrige également l’anglais, ce qui m’évite de laisser passer une grosse bourde dans mes mails en anglais, c’est-à-dire dans 95 % de ma communication avec ma clientèle. Parce que pour une traductrice, baragouiner en anglais alors qu’on traduit de l’anglais vers le français, ça ne le fait pas trop. D’ailleurs, le présent article va également passer au susmentionné correcteur, car je n’ai pas de relecteur humain pour ce blog. Je vérifie également la typographie et la localisation des chiffres, nombres, abréviations courantes et spécifiques aux clients finaux, les acronymes et le jargon du secteur.

En deuxième lecture je m’attache à la terminologie et aux erreurs de traduction (non-sens, contresens, sur traduction, sous traduction, omission, etc.) C’est là que ma petite voix intérieure, guidée par mon expérience me donne un sérieux coup de main.

Je m’attaque ensuite au sens d’une manière plus générale. Et je termine par une relecture rapide (en diagonale) pour que mon œil détecte ces petites erreurs qui ont pu m’échapper auparavant.

Il m’arrive parfois de trouver des erreurs (plutôt d’ordre technique) dans les textes sources. Je le signale alors au client qui est généralement ravi de constater mon attention pour les détails. Je dois avouer que ce genre de chose est plutôt rare.

Relire pour tendre vers la perfection

Comme on vient de le voir, la relecture d’une traduction se fait à plusieurs niveaux. La relecture de base ne se contentera que de la grammaire, de l’orthographe et la syntaxe. Mais relire une traduction est aussi synonyme d’attention pour la manière dont la traduction à été réalisée. Il faut vérifier la terminologie, le niveau de langue, c’est-à-dire à qui s’adresse la traduction, mais aussi tout ce qui peut constituer une erreur de traduction. Comme on le voit, relire n’est pas qu’une simple question d’orthographe et de grammaire. La relecture va beaucoup plus loin et demande de la précision et de la minutie. Le texte final de devrait pas laisser voir qu’il a été traduit et son enchaînement doit être naturel et fidèle, en sens, à l’original. Un travail d’orfèvre en quelque sorte…

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