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Le supermarché et maraîcher : comment se démarquer par la qualité de ses traductions dans un marché mature ?

Le potager des Princes : les tomates
Le potager des Princes : les tomates

Face à l’évolution du marché de la traduction, le traducteur indépendant peut se sentir démuni. En effet, de nombreuses plateformes de relation entre clients et indépendants sont apparues, laissant plus la place à des offres dont le prix (fixé par le client !) est de plus en plus bas. Ces propositions se font le plus souvent au détriment de la qualité. D’aucuns diront que l’âge d’or de la traduction est révolu et que le marché est arrivé à maturité. Il est vrai que les propositions pour des traductions dites généralistes sans grande difficulté se font de plus en plus rares, ou bien sont délocalisées auprès de grandes agences de traduction, dans des pays où le niveau de vie est moins élevé qu’en Europe, parfois sans scrupules. Comment vivre (ou survivre) dans ces conditions quand on est traducteur indépendant ?Voici quelques éléments non exhaustifs de réponse.

J’ai eu l’occasion, la semaine dernière, d’être invitée par l’Université de Lorraine à Nancy pour présenter les métiers de la traduction aux étudiants de Licence bilangue, biculture. A la fin de mon exposé, une question est arrivée sur l’avenir de la traduction et notamment sur la menace de la traduction automatique qui entraînerait la disparition des traducteurs indépendants. Cette question fort intéressante peut être élargie à tous les secteurs touchés par l’industrialisation comme le graphisme, la photographie,ou certains métiers de l’artisanat.

Il est clair que l’industrialisation d’un secteur (traduction ou autre) entraîne une diminution de l’offre, car le client peut trouver plus pour moins cher auprès de grands groupes dont la puissance de communication et le marketing sont très efficaces. Je pense que vous voyez où je veux en venir avec mon titre sur les grandes surfaces et les maraîchers. Dans une grande surface, on a plus besoin de courir à droite et à gauche pour faire ses courses. Il existe une offre abondante qui réduit le temps que l’on passe pour ses courses, mais qui permet aussi de trouver son dernier téléphone, son prochain manteau d’hiver ou même son voyage low cost. De plus leur marketing très agressif fait que les plus petits ne sont absolument pas visibles. Certes, ces grandes surfaces sont très pratiques quand on veut consacrer un minimum de temps à ses courses, mais y trouve-t-on de la qualité ?

Il faut d’abord revenir sur la notion de qualité. Par exemple, qu’est-ce que la qualité d’un fruit ou d’un légume ? C’est un fruit qui aura du goût, qui ne pourrira pas dès le lendemain de l’achat, qui aura des qualités gustatives et nutritionnelles satisfaisant les besoins et les envies.Il est très possible de trouver des fruits et légumes de qualité dans les grandes surfaces, souvent à un prix largement plus élevé que les prix d’appel sur lesquels les grandes enseignes communiquent. Une certaine transparence est maintenant obligatoire au niveau des provenances et du traitement, mais sait-on vraiment tout ? Le producteur a-t-il été rémunéré à hauteur de son travail ? Sans compter qu’il y a un certain nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, et que chacun y est allé de sa marge.

Prenons maintenant le maraîcher qui vient tous les samedis au marché. Oui, je sais, il n’y en a plus beaucoup… Un maraîcher producteur n’aura peut-être pas un choix aussi large de fruits et légumes. Il sera certainement un peu plus cher qu’une grande surface (du moins sur les prix d’appel). Mais quand on a goûté à ses fruits et légumes, on se rend compte que la qualité est là. De plus le maraîcher à souvent de petites attentions pour ses consommateurs fidèles. Il en va de même sur les groupements de producteurs qui permettent une offre plus large. Auprès de ces petites entreprises, le client s’y retrouve souvent, car le dialogue est direct, les produits de qualité, l’offre sur mesure. D’ailleurs, comme disait mon boucher (qui ne me voit plus gère depuis que je suis végétarienne) : « si un artisan boucher fait une erreur sur la viande, il met la clé sous la porte, contrairement à une grande surface qui pourra rebondir sur d’autres produits. » Un artisan, ou un petit commerçant est obligé de faire de la qualité, car il n’a que ses produits pour vivre.

If you pay peanuts, you get monkeys

(si payez avec des cacahuètes, vous obtiendrez des singes – autrement dit vous en aurez pour votre argent, mais pas plus).

Cette comparaison entre le maraîcher et la grande surface fera sans doute écho dans l’esprit de de nombreux artisans, commerçants… et traducteurs. Travailler directement avec un traducteur indépendant permet le plus souvent d’avoir une meilleure qualité de traduction et des services sur mesure. De plus travailler avec la même personne permet également de garder une cohérence de style, de créer un guide de style d’entretenir des mémoires de traduction qui servent pour l’ensemble de la communication, ainsi que des bases de données terminologiques qui contribuent à une image cohérente de l’entreprise.En revanche, si le client fait appel à l’une de ces grandes agences de traduction qui sous-traitent au plus offrant, il risque d’avoir des surprises quant à la qualité de ses traductions. J’en veux pour preuve un client ponctuel qui m’avait commandé une traduction, puis me trouvant trop chère, avait délocalisé une autre traduction. Quand le fichier en français de la seconde traduction est arrivé et devant la piètre qualité de cette dernière, ledit client m’a demandé de la réviser. J’ai passé beaucoup de temps à réécrire ce fichier et le client en a eu finalement pour plus cher que s’il m’avait demandé directement de le traduire. Cette mésaventure illustre comment le client ne ressort pas toujours gagnant dans la course aux prix bas.

Heureusement, il existe des clients qui acceptent de payer des traductions de qualité et qui reconnaissent la valeur ajoutée du travail avec un indépendant. Ces clients ne sont pas forcément les plus visibles. Le traducteur doit donc se montrer, en gros, faire une campagne de marketing, en ciblant les clients d’intérêt, pour qu’ils achètent ses traductions. En d’autres termes, le traducteur doit contacter les clients potentiels et chercher à se vendre. Et si les traductions sont de qualité et que le client comprend la valeur ajoutée offerte par le traducteur indépendant, le client revient. Cela n’est possible qu’avec un bon argumentaire sur la valeur ajoutée apportée par le traducteur indépendant et bien sûr par la qualité de son travail. Le dialogue entre le client et le traducteur est important, car tout comme le consommateur achète un service haut de gamme, le client aime être traité à la hauteur de ce qu’il achète. Aimeriez-vous acheter un bijou de luxe sans savoir ce qui fait toute la différence en prix et en qualité ?

L’image de la comparaison des produits de supermarché et du maraîcher utilisée au début de cet article montre que de la qualité de prestation est un moyen de se démarquer dans un marché mature. Néanmoins, il faut choisir le bon endroit pour se montrer, de façon à rencontrer son marché et les clients qui sont prêts à mettre le prix dans une traduction de qualité. Cela veut aussi dire que malgré les délocalisations massives des traductions et une traduction automatique toujours plus performante, il est possible pour le traducteur de trouver son marché, à condition que son offre soit de qualité et qu’il sache démontrer sa valeur ajoutée. Il faudra aller à la rencontre du client idéal et le convaincre du bien-fondé de travailler avec vous. Il est d’ailleurs conseillé d’avoir plusieurs clients idéaux, pour une évidente raison de sécurité. Un client idéal satisfait est un client fidèle. Et quand on en a plusieurs, il devient facile de vivre de ses traductions. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

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